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Témoignages

SIA d’Ecuelles, Moret-sur-Loing, Saint-Mammès et Veneux-les-Sablons : Intégration paysagère de la station d’épuration

Suite à la mise en conformité, en 2010, de la station d'épuration du Syndicat Intercommunal d'Assainissement d’Ecuelles, Moret-sur-Loing, Saint-Mammès et Veneux-les-Sablons (SIA), une démarche visant à améliorer l'intégration paysagère et à diminuer les nuisances environnementales des ouvrages a été entreprise, en partenariat avec un paysagiste.

Interview de Monsieur Yves Brument, Président du SIA

Quelle est pour vous la spécificité de votre station d’épuration ?

M. Brument

Si notre station a un rendement épuratoire excellent (99%) compte tenu de la méthode utilisée (boues activées), elle n’en restait pas moins un site industriel planté au milieu de champs. Les ouvrages étaient très visibles et assez peu gracieux. Mais il faut le dire, à une certaine époque, c’était l’efficacité qui était recherchée et moins une efficacité intégrée. Les mentalités évoluent. C’est parfait !

Qu’est ce qui vous a donné envie de travailler le volet de l’intégration paysagère, en sortant des principes de base d’une insertion visuelle?

Bosquets

La station d’épuration du syndicat est située dans une plaine en bord de Loing. Cette plaine a été peinte par Alfred Sisley au XIXème siècle. Seul édifice de cette taille à cet emplacement, elle avait un impact certain sur le paysage. Il m’a donc semblé important, non pas d’effacer du paysage cette station car c’était impossible, au moins de la rendre moins visible. Pour cela, je devais m’entourer de personnes compétentes non seulement en termes de paysages mais aussi d’écologie, de patrimoine et d’histoire. Joël Chatain, notre Maître d’œuvre, au moment de son audition, a réussi à nous communiquer sa passion et son enthousiasme. Je ne suis pas déçu du résultat final et surtout des relations que nous avons eues.

Que représente pour vous ce type d’aménagement, son utilité ?

Tout d’abord, ces aménagements, finalement peu coûteux à l’investissement (0,12M€) au regard du coût de rénovation de la station (près de 5M€) et de la construction de la plateforme de stockage des boues (2,2M€), permettent de donner vie à des grands principes souvent avancés (le développement durable est une notion trop souvent galvaudée à mon avis) mais souvent oubliés dans les faits. Grâce à ces aménagements, au-delà de l’esthétisme, nous avons pu mettre en place des actions pédagogiques. Cela crée une dynamique et notre Délégataire s’investit avec Nous dans bon nombre d’entre elles. Ce sont donc des aménagements qui fédèrent. Cela permet de sensibiliser les plus jeunes et ce sont Eux qui sont l’Avenir de la Planète. Tout ce que nous pouvons faire pour les aider à mieux comprendre l’importance de la biodiversité, le cycle de l’eau, leur permettra d’aborder la vie avec un regard plus respectueux de la nature. Et il est temps ! Et puis, en termes de fonctionnement, ces aménagements ne coûteront pratiquement rien.

Que tirez-vous de cette expérience ?

Fresque

Cela a été et restera à mes yeux une aventure humaine, une aventure écologique et une aventure institutionnelle. Ces aménagements m’ont permis de rencontrer des personnes formidables, amoureuses de leur métier, qui est aussi et avant tout une véritable passion. Elles ont su mettre tout leur amour de leur métier à notre service. J’espère avoir su leur dire à quel point j’étais heureux de travailler avec Elles pendant ces quelques mois. Sur le plan écologique, planter un bosquet pour faire revenir des oiseaux qui passent leur chemin, faire de l’écoland-art pour donner un refuge à des animaux jusqu’à présent plutôt bannis des sites industriels, faire de l’art avec de l’osier sur une clôture pour réaliser un nichoir pour les oiseaux et attendre qu’une haie aviaire apparaisse avec les années ! Implanter des ruches dans une station d’épuration au milieu d’un verger que nous créerions de toute pièce était également une évidence pour le développement de la biodiversité et la sauvegarde des abeilles (« Sentinelles de l’environnement » !). N’est-ce pas aussi cela favoriser la biodiversité : donner à la nature le moyen de s’épanouir et prendre son temps … Pour ce qui est de l’institutionnel, j’ai été vraiment ravi de voir tant de personnes mobilisées autour de ce projet, un peu farfelu au départ, et cherchant partout des subventions pour m’aider à le réaliser. J’en profite pour les remercier toutes, chaleureusement.

Comment viendra s’intégrer la future plate-forme de stockage des boues ?

La future plateforme a été pensée il y a déjà longtemps, avant le démarrage du projet. Nous avons donc donné à Joël Chatain ses plans afin qu’il l’intègre dès le démarrage de ses réflexions dans l’aménagement du site. Il a donc décidé de conserver des végétaux qui ont été protégés pendant les travaux et une mare éphémère va être créée. Le site se trouve à l’endroit où existait un paléo-fleuve. C’est pourquoi vous trouverez des galets du Loing, traces de cet ancien fleuve gigantesque. Tout est fait pour oublier cette plateforme que je trouve monumentale mais qui est nécessaire ! Alors, faisons avec…

Interview de Monsieur Joël Chatain, paysagiste de l’Agence pour la terre

Qu’est ce qui vous a donné envie de concourir pour l’appel d’offres concernant l’intégration paysagère de la station d’épuration du SIA ?

M. Chatain

Nous sommes toujours disponibles pour répondre aux situations mettant en œuvre des problématiques complexes dans lesquelles le paysagiste est souvent un médiateur, un maïeuticien permettant de réaliser des idées latentes, en germination. Nous sommes à l’écoute attentive des programmes. La complexité technique de l’opération, les contraintes d’exploitation ne font qu’appuyer la volonté farouche d’apporter un mieux être dans tous les secteurs possibles des activités humaines.

Qu’est ce qui a fait évoluer votre projet de départ ?

Rucher "médiéval"

La qualité de la maîtrise d’ouvrage est assez peu commune pour qu’on souligne celle de M. Brument et de son équipe. Sur les bases d’un diagnostic rationnel, sur les principes d’une insertion visuelle visant à l’atténuation des perceptions plutôt qu’à la négation de cette installation, nous avons peu à peu senti qu’on pouvait aller assez loin dans l’innovation en termes de travaux paysagers. Les idées de fresque (atténuation de la tonalité claire des bétons), la constitution d’un verger et d’un rucher « médiéval » avec une clôture en vannerie roumaine (mise en place de premiers plans affadissant les vues directes sur les ouvrages) illustrent la latitude qui nous a été offerte. La réalisation d’œuvres d’Ecolandart, amusante et récréative, sur des sols encombrés de réseaux a été une autre réponse associant créativité et biodiversité que peu de personnes auraient eu l’audace d’accepter.

Avez-vous déjà travaillé sur des projets pédagogiques en lien avec l’intégration paysagère ?

La pédagogie est liée à notre discipline. Nous travaillons toujours sur des bases multiples qui révèlent la nature du lieu dans sa complexité, et, souvent nous en rendons compte par la signalétique, un livret ou encore un journal de chantier. Le caractère pédagogique de l’opération faisait ici partie du programme. Un circuit de visite a été établi y compris pour les Personnes à Mobilité Réduite. Il était important de montrer à la fois les qualités de la station dans l’épuration des eaux mais aussi sa contribution à la biodiversité par de petits gestes simples reproductibles chez soi : la création d’œuvres d’Ecolandart est une manière amusante d’utiliser les « déchets verts » dans des créations dans son jardin. Ces créations de bois morts, de tailles, permettent la nidification ou l’hivernage de nombre d’insectes. A cette heure où notre monde devient aseptisé, les totems de Léa B-H venant apporter la vie dans l’univers industriel de la station de Veneux-les-Sablons pourraient bien aussi habiter nombre de jardins... Le paysage spécifique de la confluence du Loing a été peint par Sisley dont la palette nous a inspiré la fresque sur les ouvrages. La page n’est jamais blanche dans le monde du paysage, et nous devons aider chacun à la mieux lire.

Que vous a apporté la réalisation de ce projet?

Ce projet montre que le paysagiste peut travailler dans toute situation, sans entraver l’exploitation d’un équipement industriel et y apporter ou conforter la part de nature qui fonde la relation attendue de l’homme et de son milieu. Par ailleurs, nous avons à notre connaissance été les premiers en France à mettre en œuvre le motif de clôture roumaine, réalisé par un jeune couple de vanniers de Seine-et-Marne. Ce motif va sans doute se répandre pour ses qualités esthétiques et sa résistance. Nous avons pu réaliser des ruches en osiers selon un modèle du musée de Seine-et-Marne avec la mise en place d’abeilles noires. Il n’y aura pas de récolte de miel, ce qui représente une simplification du suivi. La dynamique des ruches sera totalement libre. Le rucher a été réalisé avec des tavaillons (tuiles de châtaignier) produit par une association de Bourgogne. La fresque a été réalisée avec des pigments minéraux non nocifs. Point par point, nous avons pu affiner notre réflexion sur des sujets qui nous sont chers : biodiversité, créativité, techniques anciennes… Ces mêmes réalisations dans un contexte de parc auraient brillées pour leurs caractères propres, ici, dans le cadre d’une industrie, elles illustrent de concrets espoirs de symbiose entre l’activité humaine et la nature hors l’utopie.

Voyez-vous une suite à ce projet ?

Le projet de territoire que nous avons déposé sur le thème de l’osier a été retenu par le Département et sera présenté parmi d’autres en janvier 2013. Le site de la station de Veneux-les-Sablons est l’un des points clés de ce dossier. Nous souhaitons mettre en relation des divers partenaires du département sur la question du saule tant dans ses utilisations traditionnelles (vannerie, clôtures) que dans son utilisation contemporaine en phytoépuration et en insertion paysagère (projet d’épuration des eaux de voirie de la RD 212 par des saules par exemple).

CONTACTS +

SIA d’Ecuelles, Moret sur Loing, Saint-Mammès et Veneux-Les-Sablons

Chemin du Lido - 77 250 VENEUX LES SABLONS
Tél. : 01 64 23 39 41
Fax : 01 64 23 39 45

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