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Les changements agricoles

Pierre Cuypers

Pierre Cuypers, président de la Chambre d’agriculture de Seine-et-Marne jusqu'en 2012 : "Le défi du XXIe siècle sera certainement la qualité et la rareté de l’eau"

La Chambre d’agriculture fait partie des différents acteurs qui, en Seine-et-Marne, ont initié une politique de préservation des ressources en eau, politique basée sur le volontariat des agriculteurs. Entretien avec Pierre Cuypers, ancien président de cet organisme public qui gère la mise en place des Mesures agro-environnementales (MAE) "Eau" sur le Petit Morin, l’Yerres et le Gâtinais.

Pierre Cuypers

Pierre Cuypers

La Chambre d’agriculture de Seine-et-Marne est relativement pionnière en Ile-de-France en matière d’actions en faveur de la protection de l’eau. Quels sont aujourd’hui vos engagements dans ce domaine ?
Pierre Cuypers :
L’agriculture - qu’il s’agisse du monde végétal ou animal - travaille avec le vivant. Son intérêt premier est donc d’avoir une eau de qualité, saine et disponible. Il s’agit d’un enjeu majeur : le défi du XXIe siècle sera certainement la qualité et la rareté de l’eau. Par conséquent, nous devons, tous, mettre en œuvre des politiques qui permettent d’économiser l’eau, en l’utilisant le mieux possible.

C’est une dynamique permanente dans le monde agricole : apporter l’eau nécessaire au meilleur moment en fonction du climat et des besoins de la plante. Il s’agit aussi de travailler avec nos instituts de recherche pour que l’évolution génétique permette, demain, d’avoir des plantes moins consommatrices d’eau et qui, lors de leur floraison, résistent de façon importante aux températures.

Quels sont, en particulier, les engagements de la Chambre d’agriculture de Seine-et-Marne ?
P.C. :
Etre tête de pont sur la maîtrise de la consommation de l’eau et sur les moyens de préserver sa qualité. Nous avons mis en place des bandes enherbées suite à l'évolution de la réglementation, qui limitent le risque de ruissellement vers les rivières lié aux traitements et fertilisations sur les plantes. L’agriculture raisonnée permet aussi d’apporter au bon moment les matières premières nécessaires à la nutrition des plantes. L’eau est véritablement un défi majeur que l’agriculture entend bien prendre en main, de concert avec d’autres partenaires comme les Agences de l’eau et le Département.

Traitement d'un champ par pulvérisation

Traitement d'une culture par pulvérisation.

Le grand public perçoit parfois le monde agricole de manière caricaturale et erronée. Comment peut-on, à votre avis, améliorer la communication et la prise de conscience à la fois des enjeux liés à l’activité agricole et à l’engagement de la profession agricole pour la préservation de l’eau ?
P.C. :
L’agriculture européenne est une des plus performantes au monde. La France est le premier exportateur mondial de produits agro-alimentaires, mais l’Europe est néanmoins le premier importateur mondial. C’est dire le rôle de la France dans la production et dans les échanges commerciaux liés à l’alimentation.

Pourtant, l’agriculture française est vue par nos concitoyens davantage comme un handicap que comme une solution. L’été, elle fait de la poussière. L’hiver, elle salit les routes. Dans le monde animal, les élevages dégagent des odeurs... On additionne donc plusieurs inconvénients. Cela dit, tout le monde entend soutenir son agriculture, mais dans d’autres conditions !

La société oublie que son agriculture assure une alimentation saine et sécurisée. La France est probablement un des pays au monde dont l’alimentation s’avère la plus sécurisée. Mais cela ne se fait pas "tout seul " : si vous voulez des fruits et des légumes frais, il faut bien que quelqu’un, en amont, les ait produits. La société n’a pas conscience qu’elle pourrait manquer de biens de consommation et qu’elle doit être vigilante pour accompagner son agriculture. On ne peut pas totalement dépendre du monde entier comme on le fait pour le pétrole ! On pourrait très bien considérer qu’il n’y ait plus d’agriculture en France ; mais alors nous serions dépendants du reste du monde, donc très vulnérables ! Aujourd’hui, c’est une force et une richesse pour la France d’avoir une agriculture et une industrie agro-alimentaire performante, présente sur l’ensemble des marchés internationaux.

"Il y a 20 ou 30 ans, on utilisait 500 à 600 litres d’eau pour traiter un hectare. Aujourd’hui, moins de 50 litres."

Pierre Cuypers

Face à une demande croissante du public pour la prise en compte des enjeux environnementaux, et dans le cadre notamment de la définition en cours des aires d’alimentation des captages d’eau potable identifiés comme prioritaires suite au Grenelle de l’Environnement, comment voyez-vous l’évolution des pratiques agricoles dans les années à venir ?
P. C. :
Pour obtenir des résultats, une plante a besoin d’être protégée dans sa croissance. Il faut donc lui apporter un certain nombre de matières : des engrais et des désherbants sans lesquels il y aurait concurrence avec d’autres plantes - ainsi que des soins. Même s’il n’a pas envie de le faire, l’agriculteur se doit, au départ, de protéger ses cultures. S’il ne le fait pas, il a une perte sèche ; et il ne reste pas très longtemps agriculteur, il disparaît. Il faut apporter ces éléments au meilleur moment et au bon endroit, en fonction de méthodes connues aujourd’hui. Désormais, nous disposons de produits issus de la phytopharmacie, produits qui sont homologués.

Laboratoire (INRA)

Laboratoire d'analyses végétales et environnementales.

Par ailleurs, nos instituts de recherche sont, avec l’INRA*, en quête permanente de nouvelles techniques, les plus élaborées, utilisant le moins possible de molécules. Il y a 30 ans, il fallait 5 000 litres d’eau pour laver une tonne de betteraves ; aujourd’hui, seulement 15 litres. De même, il y a 20 ou 30 ans, on utilisait 500 à 600 litres d’eau pour traiter un hectare. Aujourd’hui, moins de 50 litres. La réduction est drastique car on a appris à recycler l'eau. De nouveaux procédés permettent aujourd'hui de réelles économies d'utilisation de matières. On travaille au gramme, au micron ! On apporte désormais aux plantes un maximum d'effets avec un minimum de produits. Il y a donc moins de pollution par le vent et les produits issus de la chimie se dispersent moins vers les zones à risques.

Quels sont les leviers d’action et les freins éventuels pour concilier production agricole et protection de l’eau ?
P. C. :
L’important tout d’abord est de bien gérer les nappes phréatiques. Il faut en permanence penser à préserver leurs réserves et éviter des apports excessifs en surface afin qu'elles ne subissent pas des pollutions. Mais on ne maîtrise pas tout : il y a aussi des pollutions industrielles et des pollutions issues d’autres activités humaines quotidiennes. L’engagement doit donc être collectif.

Le genre humain produit 600 à 700 kilos de déchets par an. Déchets qu’il faut incinérer, détruire. Même s'il faut épandre avec prudence les boues issues des stations dépuration ou des unités de production d'eau potable, le sol reste un fabuleux filtre qu'il faut savoir préserver et ménager. Comme tout organisme vivant, il ne supporte pas les excès. Si, d’un côté, l’agriculture peut être accusée, de l’autre elle apporte un service rendu à la société, qui ne sait plus quoi faire de ses déchets. C’est aussi un paradoxe. On ne devrait plus recevoir de boues issues de stations d’épuration sans avoir des systèmes d’analyse, de prévention et de protection plus solides. Tout cela doit être conforté demain. Par ailleurs, il faut donner à l’agriculture des moyens plus importants pour qu’elle s’exprime.

* Institut national de la recherche agronomique.

Propos recueillis le 11 janvier 2010.

CONTACT

Chambre d’agriculture
de Seine-et-Marne

418, rue Aristide Briand
77350 LE MEE-SUR-SEINE
Tél. : 01 64 79 30 00
Fax : 01 64 39 62 52 accueil@seine-et-marne.chambagri.fr

CHIFFRES CLES

L'agriculture seine-et-marnaise :

- 334 000 hectares
(59% de la surface totale du département)

- 2 586 exploitations agricoles 


- Superficie moyenne d'une exploitation : 129 hectares

- Activité principale : culture des céréales (blé, maïs, orge), betterave

- Autres activités : cultures maraîchères, production laitière (fromages de la Brie).