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Les routes se mettent au vert

Guy Philippe

Propos recueillis auprès de Guy Philippe, chef de service exploitation des centres de Provins, Nangis et Bray-sur-Seine. Décembre 2009.

Pourquoi vous-êtes vous intéressé aux techniques alternatives et en particulier au désherbage thermique ?

technique du désherbage thermique à flamme directe

Technique du désherbage thermique à flamme directe

A l’origine, nous avons été sensibilisés dès 2004 par l’association Aqui’Brie. Nous savons que l’utilisation mal maîtrisée des désherbants chimiques est à l’origine de pollutions importantes des eaux superficielles (rivières, étangs, etc.)

Les surfaces d’application sont souvent peu perméables, propices au ruissellement et proches d’un point d’eau et nous savons aussi que sur notre territoire de compétence, ces eaux superficielles alimentent directement la nappe aquifère de Champigny, par plusieurs gouffres.

Nous avons donc décidé de supprimer totalement les désherbants chimiques en 2 ans. Il a fallu trouver des techniques d’entretien de substitution; le désherbage thermique en fait partie.

Nous utilisons actuellement la technique du désherbage thermique à flamme directe.

Sur quels espaces routiers utilisez-vous cette technique ?

Nous procédons depuis longtemps au fauchage des accotements avec des machines à grand rendement mais certaines surfaces ne sont pas accessibles avec ces machines.

Auparavant, nous entretenions ces espaces avec des désherbants chimiques. C’est sur ces petites surfaces que nous utilisons maintenant le désherbage thermique : une cinquantaine d’îlots centraux et les bordures et caniveaux en rive de chaussée sur plusieurs carrefours.

La technique du désherbage thermique est-elle complexe à mettre en œuvre et a-t-elle été bien accueillie par les agents ?

La technique du désherbage thermique à flamme est très facile à mettre en œuvre mais les agents qui l’utilisent doivent être formés afin de ne pas faire du brûlage mais du choc thermique sur la végétation.

Par ailleurs, le transport et le stockage des bouteilles de gaz impliquent une gestion stricte sur le plan de la sécurité. Le principal inconvénient de cette technique est de ne détruire que la partie aérienne des plantes sans toucher aux racines. Aussi les plantes repoussent-elles rapidement, ce qui nécessite de multiplier les interventions.

Cette technique est donc réservée aux petites surfaces car les rendements sont faibles.

Nous expérimenterons au printemps prochain la technique de désherbage thermique à mousse qui présente semble-t- il l’avantage de détruire la partie supérieure du système racinaire des plantes, ce qui ralentit la repousse.

Quel bilan faites-vous de l’utilisation de ces techniques : avantages/inconvénients ?

La solution universelle n’existe pas : chaque technique alternative à ses spécificités et ses limites.

Pour remplacer l’emploi des phytocides, il faut utiliser toute une panoplie de solutions : désherbage thermique, plantes couvre-sol, plaque anti herbe et même repenser certains aménagements…

C’est la diversité et la complémentarité de ces solutions qui permettront un changement global des pratiques.

Certaines techniques alternatives sont consommatrices en temps car les fréquences d’intervention sont plus élevées mais nous y sommes toutefois très favorables car elles permettent de préserver la santé, non seulement des Seine-et-Marnais, mais aussi celle des agents de notre service.

Le désherbage thermique

Le désherbage thermique utilise la chaleur pour détruire la flore spontanée. Cela consiste à provoquer un choc thermique de manière à faire éclater les cellules végétales des plantes sans pour autant les brûler : les protéines des cellules végétales se coagulent, ce qui stoppe la photosynthèse. L’objectif n’est plus d’éradiquer mais bien de contrôler la végétation spontanée. Les principales techniques de désherbage thermique sont :

Désherbage thermique à gaz à flamme directe
Ce procédé fonctionne au gaz propane en phase vapeur. Le brûleur produit une flamme dont la température atteint environ 1400°C. Le stade idéal d’application est de 2 à 3 feuilles : plus la plante est développée, plus il faut augmenter le temps d’application.

Désherbage thermique à gaz infrarouge
Cette technique fonctionne au gaz propane en phase liquide. La réflexion des rayons infrarouges, produits par les brûleurs, se fait grâce à un carter alvéolé. Les rayons infrarouges vont provoquer la destruction de la plante par choc thermique (température d’environ 1000°C). Le stade idéal d’application est de 2 à 3 feuilles.

Désherbage à eau chaude
Ce procédé utilise une forte température de l’eau à faible pression. L’eau chaude est pulvérisée sous forme liquide sur la plante à détruire. Le stade idéal d’application est de 3 à 4 feuilles pour l’ensemble de ces techniques.

Désherbage à mousse d’eau chaude
Ce procédé utilise de l’eau et un additif biodégradable à base d’amidon de maïs et de noix de coco. L’ensemble est chauffé afin d’appliquer une mousse chaude (96°C) sur la végétation à détruire. Cette mousse provoque un choc thermique sur la plante et disparaît au bout de 15 minutes. Le stade idéal d’application est de 4 à 5 feuilles. .