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Temoignages

Sucrerie Ouvré

Sucrerie OUVRE (Souppes-sur-Loing)

Une gestion exemplaire des eaux de process

Lagune étanche, réduction des consommations d'eau, irrigation raisonnée… : la sucrerie Ouvré de Souppes-sur-Loing affiche aujourd’hui une gestion des eaux de process en tous points exemplaire. Il s’agit là du résultat d’un chantier engagé en 2001 pour une meilleure maîtrise des questions environnementales dans le fonctionnement de l’établissement. Entretien avec Sandrine Roncé, Animatrice Environnement à la sucrerie.

La sucrerie Ouvré développe aujourd'hui une démarche environnementale forte. A quand remonte cet engagement ?
Sandrine RONCE :
Il remonte à 2001, avec la mise en place, sous l’égide de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, du référentiel approbation, certification de type Iso 14001, portant, dans notre cas, sur la gestion de l’eau et celle des déchets dangereux. Comme dans toute sucrerie, l’eau constitue ici un élément majeur : la betterave contient environ 70 % d’eau, qui est éliminée par évaporation avant de pouvoir cristalliser le sucre. L’objectif est de recycler l’eau apportée par la betterave pour d’autres utilisations liées au process de l’usine. Après un audit réalisé fin 2002, la sucrerie a obtenu une première approbation en 2003, qui a été renouvelée en 2005 et 2008. Lorsque l’audit de certification a eu lieu en campagne sucrière, l’audit de suivi se déroule pendant la période d’irrigation, et inversement. L’Agence de l’eau vérifie ainsi que toutes les règles sont respectées et que des actions correctives sont prévues si besoin.

Quels sont les process qui ont été mis en place dans le but d’assurer une meilleure maîtrise de l’eau ?
S.R. :
Ces dernières années, nous avons axé nos efforts sur l’épuration de l’eau. Tous les ans à partir de mars, les bassins de la Vallée*, qui stockent les eaux, font l’objet d’une première dépollution basée sur une oxygénation intense de l’eau à l’aide d’aérateurs, ainsi qu’une circulation de bassins en bassins. Toujours dans l’objectif d’une épuration optimale, ces mêmes eaux ont fait, précédemment, l’objet d’un ensemencement en bactéries. Auparavant, nous procédions à cette opération pendant la campagne sucrière et pendant la période de dépollution, de mars à juin. Aujourd’hui, la bonne maîtrise de notre système nous permet de ne plus la faire au printemps, au regard de la dépollution obtenue. Ce qui génère à la fois des économies en termes de coûts, mais aussi une amélioration environnementale.

Sucrerie Ouvré

La sucrerie Ouvré de Souppes-sur-Loing.

Quels taux d’épuration affiche aujourd’hui la sucrerie ?
S.R. :
Ces différentes actions nous permettent aujourd’hui d’afficher d’excellents taux d’épuration. A ce jour, la DCO pondérée sur tous les bassins en fin de campagne est inférieure à 4 500 mg/l, alors qu’il y a 5 ans la DCO pondérée était de l’ordre de 6 000 mg/l. Ceci est obtenu notamment par la gestion des quantités de bactéries ensemencées. L’objectif avant la campagne d’irrigation a toujours été d’atteindre une DCO inférieure à 1 000 mg/l au 15 juin. Aujourd’hui, nous y parvenons sans ensemencement en bactéries au printemps. Calculé sur la base de la Demande Chimique en Oxygène (DCO), cet indicateur s’élevait à 500/600 mg/l il y a quelques années ; contre 300 mg/l, voire 150 mg/l lors de la dernière campagne d’irrigation.

Comment est assuré le suivi régulier des rejets ?
S.R. :
Pour répondre aux exigences de la Loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA), nous avons adapté notre plan de contrôle. Désormais, nous procédons, pendant la campagne d’irrigation, à une mesure de DCO quotidienne. De la même façon, nous avons installé un réfractomètre en ligne. Cet équipement installé sur la conduite des eaux résiduaires allant vers les bassins permet de mesurer en continu le brix des eaux, c'est-à-dire la fraction de matière sèche. Il nous sert d’indicateur des pertes en sucre dans l’usine. Si une alerte apparaît, un plan de recherche est aussitôt mis en place pour en détecter la cause et établir une action corrective. Par ailleurs, chaque année à la fin de la campagne sucrière, nous procédons à un bilan des entrées et sorties d’eau. Les entrées recouvrant tout à la fois l’eau issue des betteraves, mais aussi la consommation d’eau de ville, l’eau du puits de l’usine, l’eau du canal tout proche de l’usine (qui sert de secours en cas de déficit d’eau), et enfin l’eau de pluie. Quant aux sorties d’eau, leurs bilans concernent l’eau sortie pendant l’irrigation, avec les produits, et celle partie dans l’atmosphère par évaporation pendant la campagne sucrière. Le suivi des bassins est encore complété par un suivi quotidien des niveaux, pour surveiller toute variation anormale. C’est le bilan eau et ce suivi quotidien des niveaux de bassins qui nous permet d’affirmer que nos bassins sont étanches.

Procédez-vous également à un contrôle des eaux souterraines ?
S.R. :
Nous disposons d’un ensemble de 14 piézomètres autour de l’entreprise qui nous permettent de vérifier que nous ne polluons pas la nappe phréatique. Tous les deux mois, un prélèvement est effectué sur chacun des piézomètres. Ceux situés en aval aux bassins sont comparés avec les résultats d’un piézomètre témoin ne subissant pas l’influence de la sucrerie. Nous avons un plan de contrôle assez conséquent qui utilise plusieurs paramètres (azote, métaux lourds, phosphore, calcium…). Les piézomètres sont également contrôlés par l’administration. .

©JM BOSSENNEC/INRA

Champ de betteraves sucrières - © JM Bossennec/INRA

Y a-t-il un suivi de l’irrigation effectuée par les betteraviers qui livrent leurs cultures à la sucrerie ?
S.R. :
Nous faisons appel à un prestataire de services, Sede Environnement (filiale de Veolia). Deux personnes interviennent : l’une est chargée du suivi d’exploitation de l’irrigation, l’autre du suivi agronomique. La première personne s’assure du bon déroulement de l’irrigation chez chacun des agriculteurs** ayant signé une convention avec la sucrerie : au nombre de vingt, ces exploitants sont répartis en six groupes et chacun, à tour de rôle, prend son tour d’irrigation en fonction d’un planning qui s’étale de mi-juin à mi-août. Le prestataire contrôle notamment l’organisation de ce planning (tours d’eau, matériel…).

Qu’en est-il du suivi agronomique ?
S.R. :
En fonction des analyses de nos eaux, un bilan est établi pour évaluer l’apport qui a été fait aux betteraves. En effet, si notre eau est épurée, certaines substances y demeurent : il reste par exemple de l’azote ou de la potasse, qui sont des éléments nutritifs pour la plante. Le prestataire réalise également des prélèvements de terre sur les parcelles irriguées. Il établit ainsi un bilan agronomique entre les besoins de la plante, ce qu’il y a dans la terre et ce que lui apporte l’eau. En fonction de ce bilan, chaque agriculteur doit ensuite ajuster les apports qu’il réalise sur ses cultures. Cela permet une agriculture raisonnée. Un rapport est établi chaque année et adressé à la DRIRE.


Disponibilité des équipements

L’usine a mis en place un suivi d’indicateurs des différents équipements de dépollution dont elle dispose, comme les pompes et les aérateurs destinés à oxygéner les bassins. L’objectif étant que ces équipements soient disponibles en permanence, elle a élaboré un plan de maintenance qui permet de minimiser les pannes. Autres équipements suivis de très près, ceux destinés à l’ensemencement en bactéries dans les bacs de pré-culture. En ce domaine, la sucrerie recourt à un prestataire qui se rend sur place une fois par semaine en début de campagne, puis tous les quinze jours.

Quelles sont les actions que vous avez mises en place pour le contrôle des déchets dangereux ?
S.R. :
L’action de base consiste à respecter le tri des déchets, entre les déchets industriels spéciaux et les autres. Ensuite, nous avons essayé de limiter l’usage des déchets dangereux : l’atelier Mécanique utilisait à la base beaucoup de papiers absorbants. Nous avons mis en place depuis quatre ans un système de "lavettes" : celles-ci sont envoyées dans une entreprise agréée, qui nous les restitue une fois lavées. Nous avons également installé une fontaine de dégraissage biologique, fonctionnant sans solvant. D’autre part, les piles sont collectées à part, et il en est de même pour les bombes aérosols, les néons, les batteries… Les cartouches d’imprimantes sont remises à une société qui les recycle. Les solvants et produits chimiques périmés sont collectés à part. J’ajoute aussi que nous réalisons un bilan thermique quotidien, pour maîtriser au mieux notre consommation énergétique. Au sein de la profession sucrière en France, nous sommes classés en très bonne position en ce domaine. Cette performance est obtenue grâce à tous les investissements et le suivi mis en place au niveau du process pour minimiser les consommations énergétiques.

* La sucrerie possède trois sites de bassins : les bassins de la Vallée, les bassins d’Andresy et le bassin des Grandes Bornes.
** L’irrigation permet de parer à un éventuel déficit en eau pendant la période la plus critique de la végétation, du 15 juin au 15 août, au moment de la croissance rapide des tissus dans lesquels s’accumulera le sucre.

A SAVOIR

Traitement des co-produits

La campagne sucrière (automne) et la période d’irrigation (été) sont deux périodes au cours desquelles la gestion de l’eau est intense et particulièrement délicate. Dans cette sucrerie qui traite ses effluents liquides par lagunage naturel dans des bassins de décantation, deux opérations doivent alors être menées : l’approvisionnement des bassins en eau (pendant la campagne sucrière) puis leur dépollution, de mars à juin.
Après cette phase de dépollution, les eaux sont envoyées en irrigation pour la culture de nouvelles betteraves.
Par ailleurs, la terre provenant du lavage des betteraves est également réemployée au niveau agricole. Enfin, le sable et les pierres sont réutilisés au sein même du site. Ce traitement des co-produits contribue à minimiser les rejets et donc à protéger l'environnement.



CHIFFRES CLES

La sucrerie et distillerie Ouvré

1873 : fondation par Félix Ouvré
5 générations de père en fils 127 campagnes
150 emplois permanents
40 emplois saisonniers
371 planteurs
6000 hectares
70 000 tonnes de sucre


DOC+

Référentiel

Pour les entreprises ayant recours à l'épandage d'effluents bruts (comme les sucreries), un référentiel spécifique a été mis en place par le Groupe Inter-Agences des Agences de l’eau : ce référentiel présente les procédures de validation des mesures et le dispositif de suivi interne aux établissements.

EN BREF

La betterave sucrière

Cultivée dans les pays occidentaux, la betterave sucrière représente un tiers de la production mondiale ; la canne à sucre, cultivée dans les pays du Sud, totalise les deux tiers restants. La France est le premier producteur mondial de sucre de betteraves et la betterave sucrière est la première culture industrielle de l’Hexagone.
Le semis de la betterave sucrière a lieu à partir du 15 mars et la récolte est effectuée de fin septembre jusqu'à début décembre. La racine de ce végétal contient beaucoup de sucre.
Les co-produits de la fabrication du sucre donnent la mélasse pour la levurerie ou l’alcool et la pulpe, qui sert d’aliment au bétail. Les feuilles peuvent servir de fourrage.
Il existe d'autres variétés de betteraves : la betterave fourragère, cultivée pour l'alimentation du bétail ; et la betterave potagère, consommée par l'homme.


Voir aussi

Sur ce site

Sur internet

  • Agence de l'eau : Seine-Normandie
  • La betterave
    Pour comprendre de façon claire les neuf étapes de fabrication du sucre : ensemencement, récolte, lavage, découpage, diffusion, filtration, évaporation, cristallisation, essorage, séchage, stockage. (Rubrique "La betterave en image").